-Excusez-moi… Pourriez-vous me dire si ce bus va bien à…
Damien n’entendit même pas la fin de la question que lui posait la vieille femme à côté de lui car déjà il lui tournait le dos en levant les yeux au ciel avec un soupir
agacé.
Pff… mais pourquoi est-ce qu’ils viennent toujours me le demander à moi ? J’en ai rien à foutre de leurs problèmes !
Haussant les épaules d’indifférence, Damien continua à s’éloigner de l’arrêt de bus sans plus se soucier des protestations outrées qui lui parvenaient aux oreilles. C’était décidé,
il rentrerait à pied.
Quelques minutes et trois rues plus tard, de grosses gouttes d’eau vinrent s’écraser sur son visage et commencèrent à couler le long de son cou pour s’infiltrer insidieusement dans
son col. Le jeune homme releva la tête pour regarder les nuages gris qui s’étaient amoncelés dans le ciel déjà sombre de cette fin d’après-midi hivernale.
Journée de merde.
Le jugement était sévère, certes, mais Damien n’était pas non plus du genre optimiste et encore moins patient. En fait il n’était jamais satisfait et on ne pouvait que constater à
quel point sa vie était triste : Il n’avait aucun ami et n’en recherchait d’ailleurs pas. Les autres ne l’intéressaient, ce qui faisait de lui la personnalisation même de l’égoïsme.
De plus mauvaise humeur encore, le jeune homme se remit en route et finit par arriver trempé devant la porte de ce qu’il qualifiait faute de mieux de maison familiale. Tout
laissant présager que ses parents soient absents une fois de plus, il fouilla dans la poche arrière de son sac pour trouver le trousseau de clés et ne prit pas la peine de retenir une exclamation
lorsqu’il lui échappa et tomba dans la terre boueuse du jardin.
-Oh c’est pas vrai !
Il se baissa pour récupérer les clés et déverrouilla la porte d’un geste sec et énervé.
-Fais chier, ah si ma vie pouvait changer… grommela-t-il avant de rentrer à l’intérieur en claquant la porte.
Non loin de l’entrée se trouvait un arbre. Et dans cet arbre sur l’une de ses branches, un regard perçant et scrutateur avait suivit toute la scène avec le plus vif intérêt.
Un sourire froid de satisfaction s’étira lentement sur les lèvres d’Ellewaë qui s’était perchée sur une grosse branche et se réjouissait d’avance de la tournure que prenaient les
évènements.
-Héhé… C’est donc ce que tu souhaites petit humain ? Du changement ? Soit… ton vœu est exaucé, murmura la jolie petite fée en claquant des doigts pour activer le
sortilège.
Une petite brise se fit sentir et fit voleter quelques mèches de ses cheveux noir corbeau tandis que son regard tout aussi sombre se perdait dans le vide. Seule trace de vie
restante, une petite moue triste sur son pâle visage.
Si Ellewaë avait dû avoir un autre nom, c’aurait sûrement été Amertume car c’était bien ce qui la caractérisait le mieux : Ellewaë était une fée amère. Mais qui ne l’aurait
pas été à sa place en se souvenant de l’ancien temps où les humains faisait régulièrement appel à elle pour régler leurs problèmes ? La petite fée en tout cas n’avait pas oublié cette
époque et ne pardonnait pas aux humains de l’avoir si facilement jetée aux oubliettes. Après plusieurs siècles, sa rancune était toujours aussi tenace et elle avait donc choisit de prendre les
choses en main… A sa manière.
Un bruissement se fit entendre dans le feuillage tandis qu’un oiseau bleu se posait avec grâce et délicatesse à quelques centimètres d’Ellewaë pour la fixer d’un air sévère. La fée
jeta un regard acerbe à l’animal et haussa les épaules.
-Sihl… Que me vaut ce déplaisir ? demanda-t-elle avec sarcasme.
L’oiseau sautilla jusqu’à elle avec un pépiement réprobateur.
-Tu ne devrais pas jouer avec les humains, gronda-t-il dans un gazouillement.
-Ah, grimaça la petite fée avec écoeurement. Toujours aussi moralisatrice… Tu ne voudrais pas t’acharner sur quelqu’un d’autre ? Non… ? Et quitte donc cette apparence
ridicule, le bleu ne te va pas du tout…
-Et toi tu n’es qu’une peste, répliqua Sihl dont le corps s’enveloppa de lumière.
Quelques instants plus tard, une petite silhouette humanoïde émergeait du halo qui s’évanouit. Une petite fée bleue aux cheveux d’or apparut et s’installa à côté de son amie après
avoir soigneusement disposé sur l’écorce un carré de mousse pour plus de confort.
-Et alors ? s’offusqua Ellewaë, c’est mon problème.
-Justement non. Ta rancœur t’a fait oublier la première de nos lois. Un vœu ne doit pas se faire…
-Sans le consentement de l’humain qui l’émet je sais ! coupa sèchement la fée en fusillant Sihl du regard.
-Ah oui ? releva la fée bleue en fronçant les sourcils. On ne dirait pas pourtant ! Fais attention Ellie… Ta conduite pourrait bien te valoir une sévère réprimande du
conseil. As-tu si envie que cela qu’ils endorment tes pouvoirs ?
-Pff ! Et de quoi ils se plaignent ces vieux croulants ? Il nous en fallait un dernier non ? Et ben maintenant on l’a !
Le violet des yeux de Sihl s’assombrit et la fée leva les yeux au ciel avec un long soupir.
-Tu es désespérante…
Ellewaë lui jeta un regard de biais.
-C’est rassurant… Je ne suis pas la seule dans ce cas, ironisa-t-elle.
-Ton cas et le mien n’ont rien en commun, je te prierai donc de garder tes commentaires venimeux pour toi.
Sur ces mots, Sihl se leva et tendit une main à Ellewaë.
-Il faudrait songer à rentrer.
-Humpf ! émit pour seule réponse cette dernière en saisissant la main tendue. Pars devant, j’ai une dernière chose à faire.
-D’accord mais pas de bêtise hein ! lui rappela une dernière fois Sihl avant de disparaître.
-C’est ça… Compte sur moi… répondit Ellewaë dans le vide avec un petit sourire narquois.
Voilà voilà pour le prologue ! J'espère que cette petite lecture a été agréable. En attendant la suite, j'attends avec impatience vos impressions, vos critiques etc
A vos plumes !