Je me suis toujours demandée quel effet cela pouvait faire de se glisser dans la peau de La Fontaine. Non pas que je sois très moralisatrice (bien qu'étant moralement presque
irréprochable... humhum ^^) mais bon. Disons que c'était une expérience à faire et que j'adore faire des expériences. Voici donc ma fable, bonne lecture !
Le dragon et le passeur
Un jour, le passeur d’un modeste gué, vit atterrir devant lui un dragon. Pas un dragonnet tout chétif ni un vieux dragon malingre et au crépuscule de sa vie, non non…
Mais un bel et majestueux animal, un dragon fort et vigoureux qui pouvait très bien, s’il le désirait, survoler la rivière pour rejoindre l’autre rive.
Il n’en fut rien cependant. Le dragon qui, manifestement, était un original, lui demanda de le conduire de l’autre côté comme tous voyageurs passant par là, c'est-à-dire sur le
bac. Tu te doutes bien cher lecteur que le passeur, entendant ces mots, resta bouche bée devant le ridicule de la situation, d’autant plus que son passager ne serait pas une modeste charge et que
notre homme n’escomptait pas s’éreinter doublement à la tâche alors que le dragon pouvait fort bien traverser le cours d’eau par ses propres moyens.
Il le fit d’ailleurs justement remarquer à la créature qui lui répondit qu’il s’agissait pour lui d’une expérience : Ce qu’il voulait, c’était se mettre à la place d’une
créature ne pouvant pas voler et éprouver les mêmes difficultés qu’elle afin d’en retirer des enseignements qui seraient, il n’en doutais point, fort enrichissants. Cette idée, fort sage et
prouvant une certaine ouverture d’esprit au demeurant, ne fut pas du tout du goût de notre passeur qui la trouva extrêmement idiote comme il le rétorqua vertement au dragon. A ces mots ce dernier
s’énerva et répliqua ceci :
« Mon brave, lorsque vous n’êtes pas en accord avec quelqu’un, ne le contredisez pas en énonçant votre opinion comme étant une vérité. C’est fort impoli, borné et surtout
inepte : Votre avis, tenez le vous pour acquis, n’engage que votre personne et dites-vous bien qu’il y aura toujours quelqu’un pour en avoir un de différent. »
Que répondre à cela ? Le dragon n’avait pas tort assurément et le passeur dut se plier à sa volonté, se promettant qu’on ne l’y aurait plus.
A vos plumes !