Voici une historiette douloureuse et pas si ancienne que ça qui me reste en travers de la gorge malgré tous mes efforts.
Avachie sur le canapé du salon, Aurore battait des jambes en regardant la télé.
-Regarde, me dit-elle alors que passait une pub. Ca a l’air super bon !
C’était une pub Milka qui montrait une tablette découpée en triangles contenant une épaisse mousse de chocolat au lait enrobée d’un chocolat craquant de même saveur. Je levai un
œil vers l’écran. Celui-ci, Maud me l’avait déjà fait goûter.
-Ouais mais c’est un peu écœurant quand même, répondis-je platement.
Ce n’était pas que je n’aimais pas le chocolat, j’étais bien trop gourmande pour ça au contraire, mais la mousse, ce n’était pas vraiment mon truc. A dire vrai, même la meilleure
mousse au chocolat du monde, je ne pourrais en manger plus d’une cuillerée tant la texture m’écœure vite.
-C’est sûr que si on mange toute une tablette…, commença Aurore un peu méprisante.
J’eus un sourire, sans doute un peu faux : Le ton qu’elle venait d’employer m’avait mise mal à l’aise. Je décidais de passer outre et essayais de tourner la réponse en
dérision.
-Oui mais je mange rarement une tablette d’un coup, répondis-je d’un ton que j’espérais léger.
Aurore se tourna vers moi et me lança un regard dégoûté et remplis de mépris avant qu’un méchant sourire ne vienne étirer ses lèvres. Elle se mit à ricaner.
-Ouais, c’est ça, fit-elle en reportant son intérêt sur la télé.
Je restai figée là, incapable de prononcer un seul mot. Une boule venait de se former dans ma gorge, j’avais presque envie de vomir. Je me sentais mal et humiliée. Son regard avant
qu’elle ne prononce ces mots… J’étais presque sûre qu’elle aurait regardé une merde de la même manière.
Les gens qui ne connaissent Aurore qu’au travers de relations extérieures à la famille (et encore, très proche) ne peuvent pas se rendre compte de ça. J’imagine même qu’ils
auraient du mal à gober cette histoire. Mais on agit rarement à l’extérieur comme on le ferait en privé. A l’extérieur, Aurore est quelqu’un de très agréable, elle présente bien. En privé, elle
s’apparente la plupart du temps à irritant et désagréable moustique que l’on aimerait bien claquer une bonne fois pour toute histoire d’avoir la paix.
Et on se demande d’où vient mon manque d’assurance ? Ne cherchez pas. Ce genre d’anecdotes blessantes, d’insultes ou ces moments où, juste par le ton qu’elle emploi ou les
mots qu’elle choisit elle arrive à me faire du mal, je n’en manque pas même si les formes qu’elles revêtent sont multiples et qu’ils ont plus ou moins d’impact. Mais quelque soit la
situation, il y a une chose qui ne change pas : Ca me fait quand même mal et ça dure d’aussi loin que remonte ma mémoire.
Je sais que la plupart des gens pensent que ça ne vaut certainement pas la peine que l’on s’attarde sur des moments comme ça, qu’il faut se changer les idées… Oui, mais moi je suis
une hypersensible. C’est à la fois mon don et ma malédiction. Mon don parce qu’il me permet d’écrire en insufflant aux mots mes émotions, ma malédiction car tout ce qui a une chance de me blesser
le fera à coup sûr.
Mais cette malédiction pourrait n’être rien du tout : Je peux supporter n’importe quelle attaque dirigée contre moi, je peux faire face à n’importe qui… N’importe qui sauf
elle. Elle est ma sœur. Je conçois que les frictions soient inévitables, c’est normal mais n’y a-t-il pas de limites ? Que l’on s’énerve, que l’on se mette en colère et que l’on se lance des
horreurs au visage c’est normal, mais ça ? Aussi calmement, sans aucune raison ? C’est tout simplement gratuit et cruel. Je me suis sentie tellement minable, tellement rabaissée à ce
moment. On n’a pas le droit de piétiner les gens ainsi. J’en viens à me demander si quelque part, inconsciemment, elle ne me déteste pas vraiment ou alors est-elle si égoïste qu’elle en est au
point d’être incapable de prendre en compte les sentiments des autres ?
Il m’arrive des fois de me transformer en une espèce de DarkMorgane et d’espérer qu’elle tombe sur la personne qui agira avec elle comme elle est avec moi, et qui la fera tout
autant souffrir. Je suppose que c’est humain mais je n’aime vraiment pas ça. Quoiqu’il en soit, j’arrive de moins en moins à estimer celle qui est malheureusement ma sœur. Et si un jour elle
avait vraiment besoin de mon aide ? A ce moment là, voudrai-je encore faire quoi que ce soit pour l’aider ?
A vos plumes !